* Des messages inquiets sur l'IA et l'euthanasie
* Visite à l'Unesco, messe géante à Paris
* Rencontre à Lourdes des victimes d'abus sexuels dans l'Eglise
* Séquence sur la paix et l'Europe lundi à Metz
(Actualisé avec discours à l'Unesco)
par Joshua McElwee et Elizabeth Pineau
Le pape Léon XIV a délivré vendredi des messages de paix et de dignité humaine, s'inquiétant de "perdre notre humanité au milieu du paradis des machines" au premier jour de sa visite de quatre jours en France, "terre de riches racines chrétiennes".
Lors d'un discours en français dans la salle des fêtes de l'Elysée, le pape américain a exhorté le monde à être "sensible aux souffrances causées par le fléau de la guerre", mettant en garde contre la prolifération des armes nucléaires et appelant la France à "demeurer un infatigable défenseur de la paix et du multilatéralisme, en particulier au sein de notre chère Europe".
"Beaucoup de nos compatriotes ressentent avec votre visite en France une espérance", lui a dit Emmanuel Macron devant un parterre d'invités où figuraient notamment de nombreux cardinaux, l'ancien président Nicolas Sarkozy et les ex-Premiers ministres Gabriel Attal, Jean-Pierre Raffarin et Michel Barnier.
A son arrivée en France, le souverain pontife a été accueilli à sa descente d'avion à l'aéroport d'Orly par le président français et son épouse, tandis que sonnaient à 10h00 les cloches de toutes les églises du pays.
Une foule nombreuse est attendue à toutes les étapes du déplacement du pape - à Paris, mais aussi Lourdes (Hautes-Pyrénées) et Metz (Moselle), ville proche de l'Allemagne ayant joué un rôle central dans la fondation de l'Union européenne.
Quelque 600.000 personnes se sont inscrites pour assister à la messe en plein air célébrée samedi après-midi place de la Concorde, face à l'avenue des Champs-Élysées.
"Ce pape dégage une paix, la paix du Christ. Pouvoir vivre ce week-end comme une oasis de sérénité, tout le monde y aspire", a dit à Reuters, à propos de cet engouement, le cardinal Matthieu Rougé.
A l'Elysée comme à l'Unesco, où il s'est rendu dans l'après-midi, le pape a mis en garde contre l'invasion des réseaux sociaux et l'avènement de l'intelligence artificielle.
"Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du 'paradis des machines' qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique", a-t-il dit à la présidence française, s'inspirant d'une citation de l'écrivain français Georges Bernanos, auteur en 1947 de "La France contre les robots".
"Une société authentiquement libre n'impose pas l'uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires et en favorisant un dialogue éthique", a souligné le saint-père.
Deux mois après l'adoption d'une loi sur la fin de vie en France, le souverain pontife s'est dit "préoccupé par ces tendances de la société qui risquent de détourner la science et la technologie en entreprises lucratives, promouvant les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l'achat d'organes ou l'offre de mort programmée".
"CONFIANCE" EN L'UNESCO
Au siège de l'Unesco, il a fait l'éloge de l'éducation, de la diversité et dénoncé les dirigeants bafouant l'État de droit.
"Au lieu de respecter la loi, ceux qui sont au pouvoir l'invoquent lorsqu'elle sert leurs intérêts et la méconnaissent lorsqu'elle les entrave, traitant même la justice comme une marchandise", a-t-il dit, sans nommer quiconque.
Le pape a dit sa "confiance" en l'Unesco, agence des Nations Unies pour la culture et l'éducation confrontée à des problèmes budgétaires depuis le retrait des Etats-Unis sur décision du président américain Donald Trump en 2025.
Le premier pape américain s'est attiré les foudres du locataire de la Maison blanche en début d'année en critiquant la guerre contre l'Iran.
Après un bain de foule dans les rues de Paris, Léon XIV présidera la cérémonie des vêpres en la cathédrale Notre-Dame restaurée, qui recevra ainsi sa première visite papale depuis l'incendie ayant endommagé ce chef d'oeuvre gothique de 2019.
Léon XIV est le premier pape à effectuer une visite officielle en France depuis près de 20 ans.
Ce voyage pourrait être l'occasion de redorer l'image de l'Église après la publication en 2021 du rapport supervisé par Jean-Marc Sauvé révélant que quelque 330.000 enfants ont été victimes d'abus sexuels commis par des membres du clergé et des laïcs catholiques en France depuis 1950.
Les autorités catholiques ont mis en place des mesures de protection et des réparations financières, mais les victimes continuent de faire pression pour que les responsables de l'Église rendent des comptes et fassent davantage de prévention.
LéonXIV s'entretiendra dimanche à Lourdes avec sept victimes françaises d'abus sexuels dans l'Eglise. Le Vatican, qui ne communique généralement qu'après-coup sur les rencontres avec les victimes, n'a pas fourni de précisions sur ce rendez-vous.
La tournée s'achèvera lundi à Metz, ville où officia Robert Schuman, une figure majeure de la construction européenne en cours de béatification, par un discours sur "les racines de l'Europe pour la paix et l'unité".
Emmanuel Macron a invité les dirigeants des 27 États membres de l'Union européenne à venir à la rencontre du pape en Moselle, sans préciser pour l'instant qui serait effectivement présent.
(Reportage Joshua McElwee et Elizabeth Pineau, édité par Sophie Louet)

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